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éloge de

Quand le temps prend la forme de l'espace.

15 Mars 2017 , Rédigé par éloge de Publié dans #année 2017, #considérations spinoziennes, #au regard de l'éternité

Space fading - photo gd

Space fading - photo gd

 

 

La durée et l'espace sont des dimensions, relatives l'une par rapport à l'autre. Einstein et Proust ne disent pas autre chose. (On le sait, l'écrivain s'est intéressé de près aux théories du physicien.)

En relativité générale le temps n’est pas externe à l'espace puisqu’il dépend de la géométrie, par conséquent du champ gravitationnel dans lequel on se trouve.

Pour Einstein, tout est une affaire de masse. Plus il y a de masse, plus il y a d'espace, c'est-à-dire, plus l'espace se creuse, se dilate en quelque sorte, et moins il y a de durée mesurable par le temps. Aux abords des trous noirs, ce qui est de l'ordre de la temporalité tend à se raréfier.

Idem avec la vitesse, plus il y en a, plus il y a de la masse, plus d'espace et moins de durée mesurable par le temps. On connaît l'exemple d'astronautes voyageant à la vitesse de la lumière pendant un an. À leur retour sur Terre, vingt ans auraient passé sur celle-ci. Et ce qui constituerait pour eux un retour vers le futur, serait pour les Terriens vis à vis de ces astronautes voyageurs, un retour vers le passé.

Inversement, moins il y a de masse, plus il y a de légéreté ; donc, moins d'espace et plus de temps.

Un mouvement qui va de la concentration à la dispersion, de la lourdeur à la légéreté, d'un ordre à un désordre et qui indique une direction non réversible, du chaud vers le froid, du plus de mouvement à moins de mouvement, de l'espace vers de la durée. De la négentropie à l'entropie. À la fin, l'entropie se disperse dans l'éternité.

 

Avec Proust, on retrouve une appréhension très proche de la théorie d'Einstein. Espace et temps y sont dans un rapport du même type. Pour la vie humaine, dans la jeunesse, c'est l'espace qui prédomine, un espace à toujours découvrir, avec comme contrepartie, un temps qui ne passe pas ou si peu. Un temps qui semble comme raréfié, non pas simplement parce qu'il est le temps « de l'oisive jeunesse à tout asservi qui par délicatesse a perdu sa vie », mais aussi parce qu'avec la jeunesse, le temps se perd dans un espace trop vaste pour elle. Elle est ce déploiement dans l'espace qui peut s'autoriser à faire peu de cas du temps, à le perdre de vue, pour ainsi dire. On a toujours bien le temps de.. quand on est jeune. Et puisqu'il s'agit d'arpenter l'espace, ainsi va le narrateur proustien, dans ses premières années, entre « du côté de chez Swann » et « le côté des Guermantes ».

Mais avec la maturité et la vieillesse, le temps réclame son dû, reprend ses droits. Au fur et à mesure, l'espace se réduit. Il est moins à parcourir et à découvrir. Il est de moindre importance. Et le temps prend toute sa valeur.

Dans les toutes dernières lignes du Temps Retrouvé, on trouve cette image des vieillards comme de frêles géants : « des êtres monstrueux, occupant une place si considérable (dans la durée) à côté de celle si restreinte qui leur est réservée dans l'espace. » Ainsi le temps est retrouvé lorsque l'espace est comme abolie. Et le narrateur conclut, à propos de cette place qu'occupent les vieillards : « une place au contraire prolongée sans mesure puisqu'ils touchent simultanément, comme des géants plongés dans les années à des époques, vécues par eux si distantes, entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps. »

 

 

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